Ce que nous avons vécu durant la décennie noir, décennie que nous pouvons qualifier de rouge, pour le sang qui a coulé, de décennie explosive, de décennie de la barbarie. Enfin, passons, aucun qualificatif ne pourrait décrire ce qui s'est passé dans notre cher pays. Personnellement je n'arrive toujours pas à réaliser ce que nous avons vécu. L'humain arrive à faire des choses que le cerveau pourtant humain lui aussi, n'arrivera jamais à analyser, comprendre, encore moins justifier.
Nous fûmes tous des victimes, certes à des degrés différents. Les premières victimes sont celles qui ne sont plus de ce monde et celle qui vivent toujours mais elles furent touchées dans leurs chairs et dans leurs âmes. Les enfants meurtris, les femmes souillées, les hommes à qui on a enlevé toute dignité, toute fierté. Tous les estropiés de cette guerre qui n'a jamais dit son nom.
Nous ne pouvons pas oublier ce qui s'est passé. Même si la rue aujourd'hui donne cette impression, mais non nous ne pouvons pas tourner une page rouge écarlate, imbibée de sang pour recommencer avec une nouvelle, blanche comme neige. De toute façon cette page rouge est tellement chargée de sang qu'elle a déteint sur les cent suivantes.
C'est vrai que nous devons aller de l'avant, nous avons l'obligation de reconstruire notre pays mais seulement si cela se fait sur de meilleures bases. Où est ce qu'on ira sans justice, sans tolérance, sans partage, sans une solidarité réelle, sans une redéfinition de ce qu'est l'honneur, le courage, le respect… chacun d'entre nous ne devrait il pas se demander "qu'ai-je fait pour mon pays".
Après un pays en sang, méritons nous aujourd'hui un pays sale, corrompu, où règne la loi du plus "fort", un pays sans âme…
Vive l'Algérie...la nôtre...celle qu'on aime...celle qu'on rêve.
Elle est une petite fille adorable, belle comme un cœur. Je ne l'ai pas rencontrée souvent, je ne l'ai pas assez prise dans mes bras. Néanmoins, elle m'a accordé une danse dès la première fois, sans hésitation. Seuls au monde nous avons dansé en silence et une complicité a jaillit du néant. Son amour je le vois dans ses yeux, je l'entends dans ses mots, dans ses rires. J'aime quand elle dit mon nom, plus joli sur ses lèvres il devient. J'aimais quand c'est elle qui me réveillait le matin. Une petite voix douce, une petite main hésitante mais à la tendresse certaine : "c'est l'heure" qu'elle disait, "réveille toi Tarik... réveille toi tonton".
Tu me manques mon petit ange mais je t'aime...souviens toi.
Regarder les autres c'est ce que nous faisons à longueur de temps. Les regarder marcher, travailler, manger, parler, rire…nous essayons de les analyser, de les comprendre. Pourquoi ont il fait ça pourquoi disent ils ceci.
Dans cette approche, se mêlent divers sentiments, l'admiration et l'envie, la haine et la jalousie, le respect…ah j'oublie bien sûr la tendresse et l'amour.
Mais pourquoi sommes nous aussi obnubilés par l'autre, la curiosité de l'homme est elle la seule explication. Où alors c'est juste que l'autre soit notre référentiel, le fil conducteur, tout ce que nous sommes n'a de sens que s'il fait l'objet d'une analogie ou une différenciation avec ce que l'autre est. Si nous sommes riches, cela ne veut rien dire dans l'absolu, mais dire que nous avons plus de richesses que tous nos voisins, signifie bien quelque chose pour nous. Ceci évidemment s'applique à la beauté, l'intelligence ou autres qualités humaines ou matérielles.
Ce que je dis semble être la règle universelle, une espèce de mode d'emploi gratuit, offert à la naissance à chacun de nous, afin que nous puissions avoir un repère dans l'existence que nous nous apprêtons à mener.
Pour faire simple, l'idée est de vivre et avoir pour objectif d'être plus beau, plus riche, plus haut que l'autre. Le but est d'être le meilleur. Ceci ressemble à de l'ambition mais ou sont les limites de celle-ci. Quand arrêtions nous d'être ambitieux et devenions nous autre chose, personne ne peut le dire.
Pouvons nous déroger à cette règle universelle et ne pas dépenser l'énergie d'une vie dans le but d'affirmer notre suprématie sur l'autre. Pouvons nous refaçonner ce monde en regardant autrement l'autre. Le jusqu'auboutisme ne fait il pas que nous nous consumons de façon inutile, cela vaut il vraiment le coup alors que nous ne sommes même pas sûrs d'être de ce monde dans la minute qui suit. Pouvons nous oublier un instant de dépasser l'autre, pouvons nous le laisser aller plus haut que nous sans faire la moue, pouvons nous vaincre notre envie... et puis... cet autre n'est il pas le simple reflet de nous.

